dimanche 23 novembre 2014

Le Nœud Gordien, épisode 347 : Drainer le Cercle, 5e partie

Un mouvement de Félicia ramena Édouard à la conscience : il s’était laissé flotter jusqu’au bout de l’assoupissement. Ce premier mouvement était somme toute restreint, un frémissement à peine. Il fut suivi d’un autre, plus affirmé, qui déclarait sans équivoque la fin du moment magique.
Félicia s’assit sur le rebord du matelas gonflable et entreprit de se rhabiller.
Édouard, pour sa part, peinait encore à trouver quoi dire. Il sentait bien que quelque chose avait changé dans son rapport à la jeune femme, quelque chose qui les avait rapprochés de manière inédite. D’un autre côté, la soudaineté du tout suggérait quelque chose plus superficiel que profond… Édouard découvrait que pour lui, une relation axée sur le sexe et le sexe seulement ne lui apparaîtrait pas souhaitable. Peut-être que son silence était une tentative de maintenir un instant de plus l’illusion que leurs ébats avaient été une affaire de connexion plutôt qu’un petit moment de plaisir détaché de tout le reste…
Félicia confirma ses craintes à travers les premières paroles qu’elle prononça, à la fois banales et utilitaires.
« Faudrait pas que ça se sache », dit-elle sans se retourner.
— Ouais, j’imagine.
— Avramopoulos peut vraiment être mesquin. Particulièrement envers les femmes. Particulièrement envers ceux qui ont quitté son clan. Particulièrement envers ceux qui ne pensent pas comme lui.
— C’est particulièrement déplaisant », dit Édouard en référant d’abord à l’attitude du Maître, mais surtout aux émotions troubles que la désinvolture de Félicia lui suscitait.
Édouard s’extirpa du lit pour se rhabiller à son tour, feignant le même détachement. Il se demandait bien comment les Casanova de ce monde pouvaient vivre ce genre de malaise à chaque nouvelle aventure. L’excitation, le sentiment de connexion, la satisfaction sexuelle… Tout cela était bien entendu exquis, et désirable en théorie, mais… Compte tenu du prix à payer, est-ce que tout cela en valait encore la chandelle?
En remontant ses pantalons, Édouard jeta un regard oblique à Félicia. Elle examinait une alerte qu’elle venait de recevoir sur son téléphone. Il soupira.
« Je vais retourner à ma cuisine. Il faut encore que j’apprenne comment faire fonctionner cette foutue machine à café. »
Il fit un premier pas vers le corridor avant que Félicia, distraite par le rectangle lumineux, ne réagisse.
« Attends un petit peu, toi… »
Elle se leva à son tour, le chemisier à moitié boutonné. Son sourire espiègle revient illuminer son visage. Elle agrippa Édouard par la ceinture et l’attira jusqu’à elle pour l’embrasser avec la même fougue que plus tôt. Une nouvelle vague de désir monta en lui, effaçant toutes les pensées pénibles avec lesquelles il avait jonglé.
L’embrassade prolongée les laissa tous deux pantelants. Apaisé par cet épilogue inattendu, Édouard toucha la joue de Félicia, lui fit un clin d’œil et tourna les talons.
Félicia en profita pour lui balancer une claque sonore sur une fesse. Il se retourna vers elle, feignant l’outrage mais réellement surpris, pour la voir battre innocemment des cils avec un air des plus angéliques.
Il continua son chemin en pensant qu’il n’avait jamais connu personne comme elle. En fait, il n’avait jamais même pensé que pareille fille pouvait exister.

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