dimanche 2 octobre 2011

Le Noeud Gordien, épisode 190 : Portes ouvertes, 1re partie

Jasmine Beausoleil avait originellement postulé l’emploi de miss météo de CitéMédia dans l’idée de s’en servir comme tremplin vers autre chose. Malheureusement, une fois embauchée, elle s’était butée aux préjugés de ceux qui ne voyaient en elle qu’une nunuche tout juste bonne à agrémenter l’écran le temps de relater le travail des vrais spécialistes… Fort heureusement, elle y tirait une certaine fierté malgré tout. De nombreux auditeurs s’assuraient qu’elle sache comment on appréciait sa bonne humeur et son sourire sincère; sa contribution au monde de la télévision, si minime soit-elle, réussissait néanmoins à toucher des gens.
Elle avait manifesté depuis le premier jour son intérêt pour d’autres tâches capables de solliciter ses habiletés de communicatrice; elle ne manquait pas de le répéter à chaque fois qu’un poste s’ouvrait. Malgré qu’on l’ait engagée en louant ses compétences, ses patrons s’étaient apparemment mis à souscrire aux mêmes préjugés qui l’étiquetaient d’abord et avant tout comme bonbon pour les yeux.
Les choses se mirent à changer à la suite d’une entrevue qu’elle offrit à la revue Élégante, pourtant reconnue pour son contenu plutôt mince. Elle s’était prêtée au jeu des questions-réponses dans le but théorique de présenter aux lectrices des côtés inédits de sa personnalité – considérant le peu de choses que le public connaissait d’elle, ce ne fut pas trop difficile d’aller plus loin…
Elle parla sans effort ni prétention de son amour de la musique du monde et du théâtre local; lorsqu’interrogée sur son style que l’intervieweuse décrivit comme « s’aaa coche », elle lui offrit des opinons expertes sur les tendances estivales et leur influence sur ses choix de vêtements et d’accessoires.
Elle s’était présentée nerveuse à l’entrevue, elle en était ressortie plutôt satisfaite.
Elle avait un peu oublié l’entrevue lorsqu’elle parut finalement; sa mère la lui rappela en la félicitant au téléphone. Ses amies, pourtant habituées à la voir à la télévision cinq soirs semaine, s’extasièrent devant la qualité des quelques photos qui l’accompagnaient. Contrairement à Jasmine, elles ne semblaient pas avoir relevé les mille et une retouches dont elles avaient fait l’objet. Les améliorations étaient somme toutes flatteuses. Même le s’aaa coche de l’intervieweuse s’était muté en « …un style toujours inspiré… ».
Elle ne fut pas peu surprise de recevoir une invitation pour une entrevue à radio X-Cité la semaine même, non pas en tant qu’invitée-saveur-de-la-semaine, mais dans les bureaux de la direction… On la pressentait comme candidate pour la chronique culturelle de leur émission du matin.
Elle avait bondi sur l’occasion; elle avait habilement démontré qu’elle était bel et bien celle qui leur fallait. On lui avait donc confié la tâche et, comble de bonheur, la chimie avec les animateurs en place s’était créée sur-le-champ. Elle avait donc cumulé pendant quelques semaines un emploi le matin et un le soir. Elle se couchait maintenant beaucoup plus tôt qu’auparavant, mais le sacrifice en valait la peine : elle disposait enfin d’une voix à elle…
On dit que nul n’est prophète dans son pays; ça n’est qu’après avoir connu le succès à la radio que ses patrons de la télé réalisèrent qu’elle avait effectivement beaucoup à offrir. Avant-garde, l’émission-phare du créneau culturel de CitéMédia la repêcha d’abord pour animer les capsules de leur segment mode. On remarqua vite son talent pour l’entrevue; en quelques semaines, les offres s’étaient mises à débouler tant et si bien qu’elle était déjà en voie de devenir l’une des figures habituelles du réseau un peu consanguin des émissions people. Entre autres…
L’une des dernières offres en lice provenait de la revue Primate qui lui offrait une semaine en Jamaïque, toutes dépenses payées, pour qu’elle se dévoile devant leurs caméras. Elle s’était surprise en réalisant que l’offre l’intéressait; d’un côté, elle pourrait bénéficier du cachet, des vacances et de l’opportunité de rejoindre un autre genre de public; d’un autre côté elle craignait que jouer à nouveau le rôle de la jolie fille ne la ramène en arrière… Après avoir attendu si longtemps que des portes s’ouvrent, elle préférait choisir prudemment celles qu’elle voulait franchir.
C’est pendant qu’elle réfléchissait à ce carrefour professionnel qu’on lui offrit l’opportunité d’une première grande entrevue. Après un passage remarqué en ville dans le cadre de la tournée de son exposition Tempo, l’artiste de calibre international Derek Virkkunen venait d’annoncer qu’il s’établissait dans La Cité. Comble de chance, l’intervieweuse numéro un d’Avant-garde était à Milan pour le mois; on confia donc à Jasmine la chance unique de rencontrer ce grand parmi les grands dans son nouveau domicile…
…dans le Centre-Sud? 

Aucun commentaire:

Publier un commentaire