dimanche 4 septembre 2016

Le Nœud Gordien, épisode 436 : Pièce manquante

Édouard avança la voiture jusqu’à la grille. Il n’y avait plus personne de l’autre côté pour actionner la commande; Alexandre sortit donc de la voiture pour ouvrir le chemin.
Ils se stationnèrent devant la maison, puis Édouard partit de son côté. Ils avaient convenu que c’était lui qui allait interroger les voisins pour découvrir si l’un d’eux avait remarqué quelque anormalité le soir de la mort de Philippe.
Alexandre devait faire sa part pendant ce temps-là, mais il n’en avait pas envie. Une fois seul, il se campa sur le seuil pendant de longues minutes avant de trouver le courage d’entrer chez lui.
Cette maison, c’était désormais la sienne. Philippe était mort sans testament, sans épouse, sans autre enfant : Alexandre avait hérité de la totalité de son patrimoine.
La situation avait empiré depuis sa dernière visite. Les poubelles amoncelées au rez-de-chaussée n’avaient toujours pas été sorties; un nuage fétide avait conquis l’étage. Alexandre ouvrit toutes les fenêtres et entreprit de sortir toutes ces cochonneries. Il y passa une bonne demi-heure à veiller de ne respirer que par la bouche. L’évacuation ne suffit toutefois pas à assainir l’odeur putride. Il trouva bien une bombe aérosol dans les toilettes pour la couvrir un peu, mais la solution n’était que temporaire.
Il était temps d’accomplir la tâche qui lui était échue. Il descendit au sous-sol et ouvrit le placard, mais il n’osa pas aller plus loin. Il demeura là, livide, immobile, incapable de se décider à faire quoi que ce soit. Peu de temps après, il entendit quelqu’un entrer. « Alex?
— Je suis en bas, répondit-il.                                                                    
— Est-ce que ça va?, dit Édouard en le rejoignant.
— Plus ou moins… » Il pointa le placard rempli de cassettes vidéo… Les enregistrements des caméras de surveillance. « C’est la vie de mon père qui se trouve là-dedans. Peut-être sa mort aussi.
— Ça me surprendrait qu’il ait mis son propre bureau sous surveillance… 
— Tu as sans doute raison », dit Alexandre, bien qu’il n’en soit pas convaincu. « Quand même… Je ne sais pas si je veux voir ça. Ou si je peux me permettre de ne pas le voir. » Il soupira. « Et toi, les voisins?
— Rien. Zip. Nada.
— Pas surprenant : tout le quartier vit emmuré.
— Ceux à qui j’ai parlé ne m’ont même pas fait entrer, sauf une dame, celle d’à côté… Elle a insisté pour m’offrir du thé et des biscuits. Elle avait beaucoup de choses à dire sur la météo, l’actualité et la société… Mais rien sur ce qui nous intéresse.
— Ah! Madame Kushnir! Je ne savais pas qu’elle vivait encore là. Tu es chanceux qu’elle ne t’ait pas retenu toute la journée! »
— Ouais. Et toi, du côté du staff?
— Je… Je ne m’en suis pas occupé.
— Qu’est-ce que tu as fait pendant tout ce temps?
— J’ai sorti les poubelles. » Édouard lui fit une expression qui disait quel prétexte de merde!
Alexandre ne se défendit pas. « Je m’en occupe tout de suite. » Les numéros des employés se trouvaient sur une feuille plastifiée à côté du téléphone de la cuisine. Alexandre contacta tous ceux qui s’étaient trouvés dans la maison durant le soir fatidique. Tout comme les voisins, personne n’avait remarqué quoi que ce soit d’anormal, jusqu’au moment où le coup de feu avait retenti. Jacques – le bras droit de Philippe – en profita pour lui demander quand son bonus de fin de contrat allait lui être versé. Alex lui assura qu’il s’en occupait, en l’invitant mentalement à aller se faire foutre.
« Peine perdue, conclut Alexandre en rayant le dernier nom sur la liste.
— Il reste les vidéos de surveillance… Autant s’y mettre…
— Ouais. Allons-y. »
Ils retournèrent au placard. Les cassettes n’étaient pas identifiées, mais ils découvrirent en visionnant la première que la date et l’heure de chaque enregistrement se trouvait en bas de l’image. La deuxième leur appris qu’elles avaient été rangées en ordre chronologique. Alexandre mit la main sur la dernière de la série et l’inséra dans le magnétoscope.
Comme pour les autres cassettes, l’image était partagée en six sections, chacune correspondant à l’une des caméras du système. Personne n’apparaissait à l’écran. Alexandre respira mieux… Jusqu’à ce qu’il remarque la date. « C’est la cassette de la veille!
— Où se trouve la bonne, alors?
— Je sais où elle est! »
Alex guida son oncle jusqu’à la petite pièce qui servait de poste de sécurité. Les caméras roulaient toujours… Mais la cassette ne s’y trouvait pas. « Encore un cul de sac!
— Peut-être pas, répondit Édouard. À ta connaissance, est-ce que la police a saisi ces bandes?
— Vu que le coroner a jugé qu’il s’agissait d’un suicide, il n’y a pas eu d’enquête.
— Dans ce cas, la cassette aurait dû être là, non? »
Édouard avait peut-être raison. Cet objet ne prouvait rien… Sinon la justesse de l’intuition d’Alexandre. Il y avait anguille sous roche.

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