dimanche 20 septembre 2009

Le Noeud Gordien épisode 88

Épisode 88 : Le changement

Ce soir, Mélanie Tremblay sortit au Den pour se changer les idées.

Sa rencontre avec Jean Smith avait mis en branle de drôles de pensées. C’était comme si toute sa vie personnelle et professionnelle passait au crible de la question « …et si j’acceptais? »

L’option qu’on venait de lui offrir signifiait peut-être une vie où elle entrerait de plain-pied dans l’illégalité, mais peut-être également une façon de redonner du sens à sa vie professionnelle. Jadis, elle vivait pour son travail, et encore aujourd’hui, il demeurait le segment prioritaire de sa vie. Mais était-ce par conviction ou par habitude qu’elle continuait sur sa lancée?

Elle pouvait facilement entrevoir où sa trajectoire actuelle la conduirait au fil des ans : elle continuerait à jongler avec des sommes faramineuses en enrichissant ses clients, peu importe qu’elles provinssent de sources légales ou non. Elle était assez nantie pour prendre sa retraite demain si elle le souhaitait tout en maintenant son niveau de vie actuel… Mais encore? Que deviendrait-elle après? L’image qu’elle entretenait de ces femmes avec trop de temps et d’argent n’était pas très flatteuse… Ces dilettantes qui se consacraient tantôt à une œuvre caritative, tantôt à un hobby… Qui mesuraient leur valeur à celle de leurs possessions… Qui chassaient comme des couguars ces charmants jeunes hommes qui ne manquaient pas de graviter à la périphérie de leur univers – entraîneurs, employés ou simple bibelots-Adonis.

Comme elle les méprisait celles-là! Comme elle les haïssait!

Et pourtant, elle avait engagé une conseillère pour l’habiller à la fine pointe des tendances internationales.

Et pourtant, il lui arrivait de ramener des amants dans la jeune vingtaine dont elle appréciait la relative inexpérience, mais surtout l’admiration qu’ils démontraient envers son apparence, ses moyens… La reconnaissance qu’une femme aussi exceptionnelle qu’elle daigne les remarquer.

Elle les détestait d’autant plus qu’à la périphérie de sa conscience, elle reconnaissait en elles son propre futur potentiel…

Comme c’était son habitude, Eric Henriquez vint la saluer à son arrivée. Il remarqua immédiatement son air pensif, renfrogné. « Que se passe-t-il, ma chère amie?

— Je me dis que j’ai besoin de changement…

— J’ai ce qu’il te faut », dit Henriquez lui fit un clin d’œil et la conduisit au bar.

Henriquez versa du Grand Marnier et du jus de canneberges dans un shaker chromé qu’il fouetta vigoureusement. Il transvida le mélange dans un verre à martini avant de presser un quartier de lime au-dessus. Avec une révérence caricaturale, il le tendit à Mélanie.

Elle le but d’un coup. C’était délicieux. « J’en prendrais un autre, Maestro ».

« Le changement a du bon, hein?

— Absolument », répondit-elle. Elle remarqua Loulou Kingston faire son entrée de l’autre côté du bar. Elle fit craquer ses jointures. Elle ressentait une envie féroce de chercher la bagarre. Combien de temps depuis leur dernière engueulade avec elle? Un mois? Un mois et demi?

Henriquez lui versa son deuxième verre.

« D’autres choses ne changent pas », dit-elle avec un sourire carnassier. Comme elle se sentait vivante dans ces moments-là! Une partie d’elle espérait qu’elles en vinssent aux coups.

Henriquez connaissait ce regard. Le salon privé était presque vide : elles pourraient s’en donner à cœur joie, entretenir leur mythe sans blesser personne. Cette fois.

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