dimanche 24 janvier 2010

Le Noeud Gordien épisode 104

Épisode 104 : La chambre secrète, 3e partie
« Une faveur pour une vie, trois pour un secret… Ta vie est à moi. Tu veux vivre, Karl?
— Oui », répondit-il posément. Il avait la bouche sèche. Son corps était tendu comme s’il était prêt à bondir sachant qu’il ne le pourrait pas, alourdi par sa jambe mais surtout bloqué par la lame sur sa gorge.
« Je vais t’épargner », dit-elle en déposant son couteau à côté de Tobin. « Mais souviens-toi que… hurk! »
Dès que la lame avait été éloignée, la main de Karl s’était élancée comme un cobra vers la gorge de Tricane.
« C’EST QUOI TON HOSTIE DE PROBLÈME?!? » Tobin se redressa sans desserrer l’étau de sa main. Elle râla quelque chose d’inintelligible en se débattant. Elle se mit à frapper le bras qui la soulevait presque : elle avait été prise par surprise, l’air lui manquait presque. Tobin la laissa respirer un coup, prêt à lui broyer la trachée au moindre geste suspect.
« Ri… tu… el…
— Ri quoi?
— C’est… le rituel », répondit-elle en haletant. « Oh », dit Tobin. Il desserra la main sans lâcher sa gorge. Après les cérémonies-surprises, les toges, les lauriers, les bâtons, les faveurs échangées et les sociétés secrètes, l’explication semblait étrangement plausible. « Vous n’êtes pas forts sur les explications avant les choses, hein? » Tricane lui fit un sourire forcé. « C’est la tradition…
— Mais la tradition de quoi, bordel?
— La tradition du bordel, hehehe… Calmons-toi, et écoute-nous. Euh non, dans l’autre sens. Bref, écoute, ok? » Karl fit oui de la tête. Il lâcha la gorge de Tricane mais il posa tout de même sa main sur la poignée du couteau. Il se sentait déjà moins nu. Tricane soupira.
« Tu m’as si bien suivi jusqu’à présent, je m’attendais à ce que tu continues encore pour les quelques pas qui restaient… Avant de commencer sa formation, l’élève doit comprendre qu’il ne vit que par la bonne volonté de son maître. Une faveur pour une vie… En ne prenant pas ta vie, tu as une dette envers moi, une dette qui ne sera annulée qu’au moment où tu auras complété, heu, cette étape de ta formation.
Cette étape? Et la suite?
— D’abord il y a le blanc, le noviciat. Après il y a le pourpre; tu peux chercher l’anneau, le bâton, la coupe et l’épée. Ensuite, il y a le laurier…
— Je comprends fuck all.
Fuck all, fuck all en effet. Un dernier bout et tu as tes réponses.
— Un bout de quoi? Quoi encore?
— Mais de calligraphie et de body painting, mon chou. Tu aimes le body painting?
— Sur des filles, ouais… » Tricane fit un sourire amusé. Tobin avait d’abord pensé que c’était l’une des digressions typiques à Tricane avant de comprendre que c’était de son corps dont il était question. Il leva les yeux au ciel. « Fais-toi plaisir », dit-il sans cacher son exaspération. « C’est ok si je garde le couteau? » Tricane haussa les épaules. « Couche-toi sur la table et profite de la vie. Ça va prendre un petit moment ».
Tricane prit un pinceau et un pot d’une substance noirâtre et épaisse qui évoquait le goudron. Tricane se mit à peindre avec application le même genre de symboles bouclés qui recouvraient l’ardoise. Karl s’accrochait au fait que Tricane avait parlé d’un dernier rituel. Peut-être qu’il finirait par avoir des réponses plutôt que voir les questions s’accumuler pratiquement de minutes en minutes…
Le rythme du glissement du pinceau froid sur son corps nu devint hypnotique. La substance puait les herbes pourries. Karl sombra progressivement dans l’engourdissement du sommeil en pensant comment l’idée de profiter de la vie dans ces circonstances était ironique.

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