dimanche 6 octobre 2013

Le Noeud Gordien, épisode 290 : Ménages, 9e partie

Un flash de lumière apparut au moment précis où les deux détonations retentirent. Un point derrière James rayonnait assez intensément pour éclairer la rue comme en plein jour. Tobin tenta d’en discerner la source sans succès : en la fixant, il ne réussit qu’à s’éblouir davantage.
L’intensité diminua toutefois pour révéler la forme accroupie d’une jeune femme, les bras autour de la tête en un geste instinctif de protection. Elle était encore entourée de pans de lumière chatoyante qui ondulaient comme autant d’aurores boréales miniatures. Lorsqu’elle baissa les bras, à voir son expression, elle était la première surprise de ce qui venait de se produire. Tobin la reconnut : c’était une habituée du Terminus, une jolie asiatique dont il ignorait cependant le nom.
La surprise générale dura une seconde pendant laquelle les gens du Terminus autant que les gangsters qui les avaient menacés fixèrent la fille qui peinait à se relever sans trop savoir comment réagir. Puis, la seconde passa : le gangster qui avait tiré leva à nouveau son arme, la panique dans le visage. Cette fois, il visa la fille plutôt que James.
Avant qu’il n’ait tiré, la lumière dans laquelle la fille baignait déferla sur la rue comme une onde de choc. Les quatre gangsters furent soufflés plusieurs mètres plus loin, comme si un ouragan les avait pris à partie. La fille se mit alors à trembler, puis à vomir. Le spasme fut assez violent pour la faire tomber à genoux; le pauvre James reçut la majeure partie du premier jet. Chaque spasme qui la secoua par la suite créa une autre vague de lumière qui poussa les gangsters plus loin, tant et si bien qu’ils se retrouvèrent vite au-delà de leur voiture. À la première accalmie, ils se précipitèrent dans leur véhicule et s’enfuirent à toute vitesse.
La voiture disparut au détour du bloc avec un crissement de pneus. C’est à ce moment que le halo entourant la fille s’éteignit. Le retour au faible éclairage des feux après toute cette incandescence donnait l’impression qu’aucune nuit n’avait jamais été si noire.
La fille tenta de se relever une fois de plus, mais une nouvelle attaque de nausée la cloua au sol. Cette fois, elle vomit un torrent d’écume jaunâtre. « Venez m’aider! », ordonna Timothée. « Nous devons l’amener voir Madame au plus vite. »
Les gens du Terminus soulevèrent la fille comme un seul homme. La plupart des fidèle suivirent les porteurs jusqu’à l’intérieur. Tobin réalisa que ses mains tremblaient. Il se trouvait dans un drôle d’état. Ses oreilles bourdonnaient, son champ de vision était encore plein de points clignotants là où il avait fixé la fille pendant qu’elle rayonnait. Malgré cela, il se sentait calme, serein, comme si toute cette scène surréelle n’avait été qu’un rêve.
Rem et Djo s’approchèrent. « C’était quoi, c’t’affaire-là? », demanda Rem.
« De la magie », répondit Tobin, le plus sérieusement du monde. Rem ne sourcilla pas; Djo fit comme s’il s’attendait à ce qu’un punch line confirme que son boss blaguait. « La connaissez-vous, cette fille-là?
— Non », répondit Rem, « mais je me dis que je devrais.
— Elle est bad ass », dit Djo.
« Ouais. Mais surtout : y’a une méchante paire de totons après ça », dit Rem.
« Restez ici. Surveillez les accès à la place, au cas où ils reviendraient.
— Ah! », s’exclama Djo. « Les as-tu vu se sauver? Je ne pense pas qu’ils vont revenir!
— On ne sait jamais. Gardez les yeux ouverts! »
Tobin entra dans le Terminus à son tour. Il y régnait une atmosphère… sacrée. Les fidèles discutaient entre eux à voix basse; il n’était pas trop difficile de deviner de quoi ils parlaient… Vivre dans le Centre-Sud, impliquait de côtoyer le bizarre et l’inhabituel à tous les jours. Mais là, c’était à un tout autre niveau… On disait que Madame avait déjà fait trembler la terre, mais même cette fable n’avait aucune commune mesure avec le feu d’artifice dont ils avaient tous été témoins…
Martin montait la garde devant la porte arrière. Il s’écarta pour laisser Mike passer.
Chose rare, Tricane avait quitté son dais. Elle était penchée au-dessus du corps de la petite asiatique. Ses convulsions avaient cessé; elle semblait dormir paisiblement à même le sol. Timothée et Tricane souriaient de toutes leurs dents.
« C’est une naturelle », dit Timothée.
« Une naturelle de quoi? Qu’est-ce qu’elle a fait? » À voir sa réaction, Tim l’ignorait. Il tourna son regard vers Tricane.
« Elle a réussi à faire par elle-même ce que je veux que Timothée et toi deviennent capables d’accomplir : manipuler l’énergie radiesthésique du Cercle que nous raffinons à chaque oraison… 
— Ben bravo, je comprends mieux maintenant », ironisa Tobin. « Au moins c’est une bonne chose?
— Très bonne », répondit Tricane. « Très, très bonne… Et attend de voir la suite! » Elle éclata d’un rire caquetant.
« C’est quoi son p’tit nom, à elle?
— Au début, elle disait qu’elle s’appelait Megan », dit Tim. « Mais elle nous a dit son vrai nom. C’est, heu, Azal… Non, Aizna… En fait, je ne suis pas trop certain. Je ne l’avais jamais entendu ce nom-là avant…
— Mettons Megan », conclut Tobin.

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