dimanche 22 juin 2014

Le Nœud Gordien, épisode 325 : L’urne

Après que Félicia eut informé Gordon de son succès, elle se fit couler un bain. Elle était tant vannée qu’elle faillit s’endormir deux fois pendant qu’il se remplissait. Elle ferma les robinets et se rendit à l’évidence : c’est de son lit dont elle avait le plus besoin. Elle dormait avant que sa tête n’ait touché l’oreiller.
Elle se réveilla le lendemain, enfin reposée. Elle travaillait depuis des semaines à la synthèse de ses propres connaissances et celles que Hill avait écrites par sa main. Pendant tout ce temps, la tension du deadline l’avait poussée en avant. Cette tension était tombée, remplacée par la fierté. La satisfaction. Elle avait réussi.
Elle avait réussi!
Quelques mois à peine après avoir reçu son bâton, elle méritait son anneau. À ce rythme, pensa-t-elle, j’aurai accompli le Grand Œuvre avant la trentaine. La vingtaine éternelle!
Elle s’emmitoufla dans une robe de chambre et descendit se faire un bol de chocolat chaud. Il lui fallut quelques minutes à peine pour que l’envie de remonter au laboratoire devienne irrésistible.
Il était là, son procédé deux point zéro, son chef-d’œuvre, à même le sol, dans le cercle d’encre et de symboles qu’elle n’avait pas encore pris la peine d’effacer.
Le dispositif n’avait plus la forme d’une cloche de verre. Il s’agissait plutôt d’une sorte de vase – compte tenu sa fonction, le terme urne s’avérait tout-à-fait approprié – d’une trentaine de centimètres de haut, qui n’avait toutefois aucune ouverture visible. L’objet était plus compliqué qu’il ne laissait paraître. Félicia avait travaillé à partir d’une poterie commerciale à laquelle elle avait plaqué d’une argile qu’elle avait enrichie d’ingrédients essentiels au dispositif. Cette couche d’argile avait également pour fonction de recouvrir les inscriptions tracées sur la surface de la poterie.
L’urne elle-même contenait une demi-douzaine de dispositifs, chacun préparé séparément, mais capables de fonctionner à l’unisson. La coordination de ces éléments avait représenté son plus grand défi… Et maintenant, sa plus grande fierté.
Il ne restait qu’un aspect à clarifier. Son dispositif allait permettre de contenir une impression, mais pourrait-elle communiquer à volonté avec elle?
Elle avait déjà réussi à établir un certain contact avec l’impressions de son père d’abord, puis celles de Tobin et des Sons of a Gun qu’il avait massacrés. La communication demeurait toutefois rudimentaire et unidirectionnelle : chaque impression émettait une idée et une seule. Pour Tobin, c’était son affection envers son neveu; pour Lev Lytvyn, c’était son code d’accès passe-partout. Était-ce le message final de ces malheureux après qu’ils eussent compris qu’ils étaient passés de vie à trépas?
Elle espérait que son dispositif soit capable de mieux, mais certains aspects ambigus des révélations de Hill laissaient planer une part d’incertitude à ce propos. Elle était toutefois confiante de pouvoir trouver un moyen de réussir avec du temps et de nouvelles recherches. Avait-elle jamais échoué à atteindre ses buts?
Elle entendit son téléphone vibrer dans sa chambre, de l’autre côté du couloir. Elle alla déposer son chocolat chaud sur la table de chevet et examina son appareil.
Elle ignora l’avalanche de messages et d’appels manqués durant ses semaines déconnectées, se promettant de s’en occuper plus tard. Le dernier texto entré provenait de Gordon. Il disait : Appelle-moi si tu es levée. Je veux voir!
Rayonnante, elle composa son numéro. Il voulait voir? Parfait : elle brûlait d’envie de montrer.  

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