dimanche 15 février 2015

Le Nœud Gordien, épisode 357 : Comme chez soi, 1re partie

Édouard attendait au salon, deux flûtes devant lui, les cheveux plaqués contre le crâne par la pluie. Félicia était disparue après avoir vidé la sienne, avec pour seule explication un je reviens dans une seconde lancé sur un ton pimpant. D’abord curieux, Édouard s’impatienta de plus en plus, jusqu’à vouloir savoir ce qu’elle pouvait bien faire là-bas.
Il tendit l’oreille au pied des marches sans détecter le moindre son provenant d’en-haut. Il gravit l’escalier à pas feutrés.
Il lui suffit d’entrer dans la chambre principale pour tout comprendre : Félicia s’était assoupie, couchée de travers sur le lit, encore tout habillée.
Sa fatigue l’a rattrapée, pensa Édouard, lui-même passablement usé par la longue nuit. Il se doutait bien que Félicia ne rechignerait pas s’il se glissait sous les couvertes avec elle, mais sa position oblique l’aurait forcé à la déplacer, et probablement à la réveiller.
Il haussa les épaules et redescendit. Le sentiment de se trouver à la fois chez lui et dans la maison d’une autre était pour le moins étrange. La décoration n’était plus la même, les arômes avaient changé… Mais les tuiles sous ses pieds, l’éclairage, la configuration des lieux… Tout lui rappelait le temps qu’il avait passé sur la rue Hill.
Il se laissa tomber sur le sofa. Il aurait dû avoir sommeil, mais il avait paradoxalement l’impression d’être trop fatigué pour pouvoir s’assoupir. Il jeta un coup d’œil à la bouteille et aux deux verres en pensant : le vin est tiré, il faut le boire! Il prit la flûte encore pleine et la leva comme un salut à personne en particulier. Ou à Narcisse Hill. Qui sait? Peut-être est-il en train de me regarder…
Cette pensée flotta dans sa tête un moment, réveillant un souvenir lointain, nourrissant une intuition puissante. Il déposa son verre sans y avoir bu et retourna à l’étage, curieux de suivre cette impulsion soudaine qu’un adepte confirmé aurait reconnue comme une manifestation synchrone.
Un coup d’œil dans sa chambre révéla que Félicia dormait toujours en ronflant légèrement. Édouard continua jusqu’au bout du couloir, sous la trappe qui menait au grenier. Lorsqu’il habitait cette maison, le débarras du sous-sol avait épongé tous ses besoins d’entreposage, de sorte que l’espace du grenier n’avait jamais été nécessaire… Lui-même n’était monté jusqu’aux combes que deux fois, ce qui rendait étonnant le brusque retour à sa conscience de ce souvenir qu’il cherchait à confirmer…
Il trouva une chaise dans ce qui était jadis la chambre d’Alice; il grimpa dessus pour soulever la trappe et tirer l’échelle escamotable, soucieux de ne pas faire le moindre bruit. Il gravit prudemment les échelons.
La pièce, aussi grande que la maison, était sombre et froide. Elle baignait dans une odeur de poussière et de vieux bois. Le peu de lumière qui filtrait par la trappe lui permit d’apercevoir une ampoule vissée au plafond; une cordelette attachée à la douille servait d’interrupteur.
L’ampoule grésilla en s’allumant, jetant un faible éclairage sur les environs. De vieilles caisses de bois qu’on ne trouvait plus que chez les antiquaires reposaient au centre de la pièce comme un îlot perdu. Au premier coup d’œil, on pouvait deviner que personne n’y avait touché depuis des décennies… Un gros câble de chanvre était enroulé dans l’une d’elles, couverte de poussière et de toiles d’araignées. Une autre était remplie de pièces métalliques, des crochets, des poulies, des clous… Une troisième contenait un assortiment d’outils rongés par la rouille.
Édouard contourna les caisses et se rendit à l’autre extrémité de la maison. Malgré la pénombre, il pouvait déjà distinguer que sa mémoire ne lui avait pas menti… Au milieu du poinçon, il aperçut un symbole délavé, du même style que ceux que Félicia avait recopiés durant la séance d’écriture automatique. Pourquoi s’en était-il souvenu cette nuit, et pas auparavant? Mystère. Il est vrai qu’à l’origine, il n’avait pas pu se douter qu’il ait pu représenter autre chose qu’un gribouillis sans importance…
Il s’approcha du symbole et le photographia avec son téléphone jusqu’à l’obtention d’un bon cliché. Le flash révéla qu’il ne s’agissait pas seulement d’un dessin, mais bien d’une gravure qu’on avait recouvert de pigments. Édouard tendit la main vers le symbole, mais dès que sa peau le toucha, Édouard s’écroula sur le sol, inconscient. 

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