dimanche 10 janvier 2016

Le Nœud Gordien, épisode 402 : Aube dorée, 1re partie

Félicia était déjà réveillée lorsque Gordon frappa à sa chambre d’hôtel. En fait, elle n’avait presque pas dormi de la nuit, trop tendue par le mélange d’excitation et d’anxiété. Il prit la boîte avec l’urne, lui laissant tirer sa valise à roulettes jusqu’à la rue.
Dehors, c’était encore la nuit noire. L’atmosphère était chargée d’humidité; une averse allait peut-être tomber plus tard dans la journée. Leur limousine les attendait à la sortie de l’hôtel. Le conducteur, un jeune homme en uniforme bleu marin, s’empressa de charger leur matériel. Gordon avait dû déjà l’informer de leur destination : ils se mirent en route sans qu’un mot n’ait été prononcé.
Félicia était quelque peu surprise qu’un civil soit mêlé à leur entreprise. Elle découvrit toutefois que Gordon n’avait pas l’intention de le garder avec eux.  « Soyez prêt à venir nous chercher lorsque je vous appellerai », dit Gordon alors que la limousine s’engageait sur le dernier tronçon. « Sinon, revenez à quatorze heure. Si nous n’y sommes plus, tentez de m’appeler au premier numéro que je vous ai déjà donné; si, dans vingt-quatre heures, vous n’avez toujours pas reçu de contact de notre part, appelez au second numéro et expliquez-en détail la situation. »
Une fois sur la colline où avait péri Harré, le chauffeur déchargea leur barda et les laissa derrière. Les bouts de ciel qui apparaissaient entre les nuages s’éclairaient doucement, prenant une couleur à mi-chemin entre le noir de la nuit et le bleu du jour. Le procédé devait commencer à l’instant où le soleil apparaissait à l’horizon. La couverture nuageuse aurait compliqué l’estimation s’ils n’avaient pas pris la peine de noter l’heure précise de l’aube, tout en s’assurant d’être synchronisés avec l’heure officielle. Ils pouvaient s’installer tranquillement : ils étaient un peu en avance.
La tension que Félicia avait ressentie durant la nuit s’accentuait de minute en minute. Elle avait les mains moites, des sueurs froides et des papillons dans l’estomac. « Tu es certain que c’est une bonne idée? », s’entendit-elle demander, regrettant déjà que son insécurité ait pris le pas sur son aplomb, ne serait-ce qu’un instant.
Elle fut surprise d’entendre Gordon lui répondre par la négative. « Non. Mais qui ne risque rien n’a rien, n’est-ce pas? »
Un frisson la traversa jusqu’à la moelle. Ce n’était pas très rassurant…
Ils localisèrent le rond dénué de toute végétation qui marquait la position de l’impression de Harré, socle invisible pour une statue intangible. Alors qu’elle disposait son équipement à portée de main, elle remarqua que Gordon scrutait non pas l’endroit où l’impression de Harré était figée, mais les collines environnantes.
« Gordon? Qu’est-ce que tu vois? » Il ne répondit pas, les yeux rivés sur l’horizon, comme s’il cherchait à distinguer quelque chose dans la pénombre. « Qu’est-ce qui se passe?
— On nous observe », dit-il.
« Quoi? » Elle se redressa pour suivre le tracé du regard de Gordon, mais il n’y avait rien à voir.
« Non, pas là-bas! Ici. Sur cette colline. C’est un procédé… Expert.
— Je ne vois rien ici non plus. Qu’est-ce que c’est?
— Un point d’ancrage pour observer les environs…
— Une sorte de caméra de surveillance, bref.
— Quelque chose comme cela, oui.
— Peux-tu le défaire?
— Même si j’avais tout mon matériel, avant le lever du soleil, ce serait impossible. »
Quelqu’un d’autre s’intéressait donc à Harré, ce qui en soi pouvait être inquiétant… Pas autant, toutefois, que la possibilité que ce soit plutôt le projet de Gordon et Félicia qui soit espionné. Elle aurait bien voulu savoir si le même procédé était déjà en place lors de sa visite avec Mandeville l’an dernier… « On continue? Ou on remet ça?
— On continue », répondit Gordon en regardant sa montre. « Il nous reste encore onze minutes. Mieux vaut se concentrer sur l’opération. »
Félicia acquiesça. La tension sur sa poitrine rendait sa respiration quasiment haletante. Elle se mit au travail alors que l’aube achevait de bleuir le ciel et de dorer les collines environnantes. 

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