jeudi 17 septembre 2009

Qui lit tout?

Je me demandais si quelqu'un d'autre que ma correctrice et moi se tenait à jour dans mes publications du Noeud Gordien?
Je sais que des membres de ma famille et des amis en ont lu un peu, mais je serais curieux de savoir qui est rendu dans les épisodes 80+...
Vous pouvez me répondre par courriel ou en laissant un commentaire en bas de ce message.

Merci pour votre temps... et pour votre support!

dimanche 13 septembre 2009

Le Noeud Gordien épisode 87

Épisode 87 : Première neige

L’air était vif depuis plus d’une semaine, fouetté par des pluies fréquentes et glaciales. Les arbres étaient maintenant nus; l’hiver ne tarderait pas à recouvrir de ses ailes blanches le ciel et la terre.

Mélanie Tremblay étaient de ceux pour qui l’extérieur représentait essentiellement le lieu de transition entre le point A et le point B – bien rarement une destination en soi.

Elle marchait à la rencontre de Jean Smith, qui avait eu l’impolitesse de la convoquer dehors – mais pire encore, loin du Centre-ville! Comme toujours, elle était élégamment vêtue, chaussée et gantée; ses choix impeccables sur le plan du style étaient malheureusement peu appropriés pour encaisser la morsure du froid. C’est toute grelottante qu’elle arriva finalement au belvédère du mont Louis d’où on pouvait voir La Cité s’étendre d’un horizon à l’autre.

Elle jura intérieurement : elle était à l’heure mais encore seule. Elle se mit à tourner en rond pour se réchauffer. Si Smith voulait la rendre inconfortable, il n’aurait pas pu mieux faire.

Il tourna le coin une minute après elle en sifflotant, l’air nonchalant.

« Belle journée, n’est-ce pas? »

Mélanie tira les pans de son manteau contre elle.

Il poursuivit : « Le vieux et Batakovic la même année. Qui l’eut cru. La vieille garde est maintenant chose du passé… »

Il n’avait pas tort : à l’annonce du décès du Conseiller, elle avait eu la même pensée. Fusco et Goudron indépendants du Conseil Central, Lev Lytvyn et Frank Batakovic emportés par la maladie, même Szasz qui, semble-t-il, s’apprêtait à passer le flambeau…

« C’est toi et moi maintenant, Mélanie.

— C’est vite dit; j’administre, mais je ne décide pas.

— Ça n’est pas exactement vrai : en administrant, tu fais prospérer notre organisation au-delà de ce que nous pourrions espérer en nous limitant à ces activités dans lesquelles nous nous spécialisons… Le vieux avait du flair pour t’avoir trouvée… »

Mélanie Tremblay n’était pas de celles qui acceptaient facilement un compliment. « J’ai fait mon travail, c’est tout.

— Oui, et avec brio. Je sais que depuis le premier jour, tu tenais à garder une relative indépendance…

— Oui. Même si M. Lytvyn et les autres m’ont fait une place au Conseil, je me suis toujours vue comme une outsider; l’organisation de M. Lytvyn est mon client numéro un, mais elle reste un client parmi d’autres…

— Les événements des derniers mois ont créé un vide dans notre organisation. Je suis ici pour te suggérer de réfléchir à ta carrière et à ton futur. Une femme comme toi est une chose rare. Je ne crois pas qu’il y ait meilleur candidat pour reprendre certains dossiers de Batakovic…

— Non merci; je n’ai aucun désir de me faire trafiquante de drogues…

— Évidemment, je ne parlais pas de ces dossiers-là… »

Mélanie se replia sur ses pensées pendant plusieurs secondes. De gros flocons se mirent à tomber paresseusement sur la ville. Elle souffla à l’intérieur de ses mains gantées pour les réchauffer.

« Je vais devoir y penser.

— L’argent c’est une belle chose, le pouvoir c’est encore mieux…

— On croirait entendre Szasz.

— Il n’a pas toujours tort! Penses-y bien, mais penses-y vite. Les affaires laissées en suspens coûtent cher…

— À propos…

— Oui?

— Une clause privée du testament de M. Batakovic laisse un héritage de 3.1 millions d’euro à Félicia Lytvyn…

— Et?

— Je ne sais pas comment elle a fait pour se retrouver sur son testament, mais c’est louche… Elle m’a approchée il y a quelque temps pour une combine… Je ne l’ai pas écoutée, mais c’était peut-être ce qu’elle avait en tête… La clause est récente… »

Smith haussa les épaules avec un sourire mystérieux. « Que peut-on y faire, sinon respecter ses dernières volontés? »

dimanche 6 septembre 2009

Le Noeud Gordien épisode 86

Épisode 86 : Servir pour toujours

Lorsqu’il la vit arriver dans le restaurant, son sang glaça dans ses veines, comme durant la belle époque de leur relation.

Félicia Lytvyn portait des pantalons blancs et une camisole argentée d’une fabrique fine qui ondulait à chaque mouvement… Même en plein jour, c’était comme si son prochain arrêt était l’un de ces clubs qu’elle se plaisait à fréquenter. La lumière du soleil frappait les mailles de son vêtement; c’est ainsi nimbée de lumière qu’elle était apparue à Frank Batakovic.

Les vieux réflexes s’imposèrent : il se leva et baissa les yeux pour l’accueillir. Il dut serrer les dents pour encaisser la douleur que lui causa le mouvement un peu trop brusque.

Elle lui toucha le bras et lui commanda doucement de s’asseoir avec son ton si délicieusement condescendant.

Il ne dit rien : depuis toujours, il n’ouvrait la bouche que lorsqu’elle lui adressait la parole.

« Regarde-moi », dit-elle, et il la regarda.

Elle avait beaucoup changé depuis leur dernier face-à-face, trois ans auparavant… Lorsqu’elle avait mis un point final à leur relation en lui disant de ne plus l’attendre. Son teint n’était plus pâle, mais bronzé à la manière d’une habituée de la plage ou des salons; sa poitrine menue était désormais généreuse au-delà de ce que la nature permettait habituellement aux femmes de sa carrure. Elle avait changé… et elle était maintenant loin de ces images d’elle qu’il conservait précieusement en son for intérieur. De toute leur relation, il l’avait rarement vu sourire en raison de son regard baissé, mais elle lui souriait maintenant. Tendrement.

« Je me suis ennuyée de toi…

— Vraiment?

— Oui. Durant mon séjour en Europe, beaucoup m’ont dit être prêts à tout pour moi, mais tu es le seul qui a pu me démontrer aussi complètement à quel point. » Il savait que sa maîtresse était une croqueuse d’homme – elle le tourmentait souvent avec ses conquêtes, ce qui l’humiliait délicieusement, d’autant plus qu’ils n’avaient jamais couché ensemble. Elle ne le comparait jamais avantageusement aux autres… Un compliment à la fois aussi direct et flatteur était inédit. Elle continua : « On dit parfois que c’est seulement dans la maladie qu’on réalise ce qu’est la santé, une fois qu’on l’a perdue. C’est pareil pour toi… il fallait que je te perde pour vraiment savoir ce que j’avais. » Il lui sembla bien ironique qu’elle assimilât sa perte à la maladie et qu’elle le retrouvât justement malade…

Étrangement, les louanges suscitèrent des émotions mêlées chez Batakovic. Il y avait bien entendu la satisfaction de se savoir apprécié, mais aussi la déception de ressentir sa maîtresse moins intransigeante que jadis, comme s’il lui découvrait une main de velours dans le gant de fer qu’il lui connaissait.

« Puis-je parler, madame?

— Oui. Parle.

— Vous parlez de perte et d’appréciation, de santé et de maladie… » et pour la première fois à l’extérieur de sa famille immédiate, Frank révéla l’existence du cancer qui étendait ses tentacules partout en lui. Batakovic ne savait pas comment Félicia réagirait à sa révélation, mais il n’aurait jamais cru que ce serait ainsi… Elle paraissait excitée.

« Et que dirais-tu de me servir pour toujours? », lui demanda-t-elle.

Les yeux de Frank s’embuèrent. « Il n’y a rien au monde que je veux davantage », dit-il.

« Fais tes adieux à tes proches », répondit-elle. « Ensuite, tu seras à moi ».

Frank crut qu’elle proposait de le supplicier jusqu’à la mort, comme il l’aurait voulu dans ses fantasmes les plus fous… Il ne pouvait concevoir de meilleure façon de quitter son existence qu’en permettant à l’amour de sa vie de l’y guider… Il aurait l’impression de vaincre sa maladie réputée invincible et il pourrait mourir parfaitement comblé.

Il ne réalisait pas le caractère très littéral de l’offre qu’elle lui avait faite...

L'océan d'en haut


Je viens de terminer la lecture de "Dieu - L'océan d'en haut" de Victor Hugo.
Poème épique de plus de 3000 vers, l'oeuvre nous conduit sur la trace d'un penseur-voyageur anonyme qui cherche Dieu sans le trouver.
Les sections qui commencent toutes par "Et je vis au-dessus de ma tête un point noir. Et ce point noir semblait une mouche..." Et à mesure que le narrateur monte, il croise une chauve-souris, un hibou, un corbeau, un vautour, un griffon, un aigle, un ange puis une clarté. Au début très pessimiste - je vous suggère de vous taper le premier poème seulement, qui évoque parfaitement "L'océan d'en haut", le vide sidéral infini qui ramène l'homme à sa petitesse et qui remet en question l'idée même d'un Dieu capable de se soucier de l'humanité - graduellement, il conduit le lecteur à reconnaître Dieu dans son oeuvre: le monde.
Le neuvième poème n'a que le premier vers; qui donc se serait trouvé sur le chemin du narrateur ensuite? Est-ce qu'il aurait monté, plongé dans l'océan d'en haut jusqu'à y rencontrer Dieu?
Je vous cite un seul vers, de ceux qui m'ont marqué le plus; dans le poème VII, il résume efficacement le paradoxe de cette humanité qui se croit capable de tout en n'étant rien:

"L'homme,
Titan du relatif et nain de l'absolu..."