dimanche 24 mars 2013

Le Noeud Gordien, épisode 262 : Prêt, pas prêt

Claude passa la main dans ses cheveux. Alex pouvait deviner ce qu’il avait en tête : il pouvait concéder qu’une bande d’hypnotiseurs de grand talent sévissait en ville, mais l’idée d’une conspiration d’alchimistes tout droit sortie du Moyen-âge était plus difficile à avaler.
« De l’alchimie… De l’astrologie? On est rendu loin de l’hypnose…
— Claude », dit Édouard, « c’est plus que juste de l’hypnose. Faire oublier à Alex ou moi que nous essayons d’entrer chez Gordon, peut-être. Créer des impulsions folles ou des blocages, passe encore. Mais j’ai quand même eu une putain de conversation à travers un miroir!
— Pour le miroir comme pour le reste, c’est peut-être une suggestion hypnotique…
— Non », dit Alex. « Pour commencer, j’écoute toutes les rencontres d’Édouard avec ses professeurs. Je n’ai jamais entendu quoi que ce soit qui ressemble à de l’hypnose, rien du genre tu dors ou tu ne te souviendras de rien. Mais surtout… Ozzy.  
— Quoi, Ozzy? J’ai entendu parler de corneilles trouvées hors du nid puis apprivoisées bien avant elle… Qu’Édouard soit tombé dessus en suivant son instinct, c’est une sacrée coïncidence, mais ça ne prouve rien!
— Je voulais dire : Édouard est capable de savoir dans quelle direction elle se trouve.
— C’est vrai? »
Édouard acquiesça. « Il suffit que je me concentre un peu. Et c’est encore plus clair après que j’aie fait mes exercices… »
Un long silence s’ensuivit pendant lequel les trois hommes observèrent la corneille voler ou sautiller d’un bout à l’autre de l’appartement. « Ok », dit finalement Claude. « Admettons. Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait?
— Tu devrais t’exercer toi aussi.
— Moi! Vraiment! Un instant… aussi?
— Oui. Alex a commencé presque en même temps que moi… 
— Moins intensément, il faut dire. À propos… » C’était le moment qu’il attendait pour dévoiler sa surprise. Il alla chercher le cartable sous son lit pour l’offrir à Claude.
« Qu’est-ce que c’est?
— J’ai retranscrit et mis de l’ordre dans les leçons enregistrées. Voilà le résultat. Introduction à la magie, niveau débutant!
— Wow! Beau travail! », dit Édouard.
Claude ne semblait pas si convaincu. « Comment faire pour apprendre? Comment savoir si j’ai le potentiel? » Son ton montrait qu’il refusait de prendre l’idée au sérieux.
« Gordon m’a dit que tout découlait de l’effort et de la pratique », dit Édouard, « mais qu’en plus de la détermination, la réflexion et la créativité différencient les initiés des véritables maîtres. Il a aussi dit que personne avant moi n’avait pensé à accélérer le processus. Dans leur tête, on y arrivait au bout d’un long mûrissement. Le fait que j’aie avancé si vite en quelques mois est un indice que c’est avant tout une question d’heures investies.
— Bref, personne ne naît virtuose », dit Alex.
Claude répondit : « Je ne me vois pas me mettre à méditer une heure ou deux par jour…
— Donc, tu ne penses pas t’y mettre? »
Claude exhala longuement. « Je peux essayer, mais je ne pense pas que je me rende loin. 
— Parfait! », dit Édouard.
« Tout cela ne répond pas à ma question… Qu’est-ce qu’on fait maintenant? »
Édouard prit une expression sérieuse. « Vous savez que mon but final est de monter un dossier assez solide pour rendre tout ça public. Vous savez aussi que Gordon me supporte là-dedans… Mais lors de notre dernière rencontre, il m’a fait jurer de ne pas passer à l’acte avant le bon moment.
— C’est-à-dire?
— Il ne m’a rien dit de plus. Mais ça m’a fait réfléchir et je ne comprends toujours pas. Qu’a-t-il à gagner en trahissant ses alliés en premier lieu? Il a parlé de revanche contre Avramopoulos, mais ça ne tient pas la route... Pourquoi avoir attendu jusqu’à maintenant? Qu’est-ce que ça change que je l’aide, s’il a déjà accès à toutes les preuves? Et maintenant qu’il m’a avec lui, que je suis prêt à l’aider, pourquoi attendre le bon moment?
— Et puis? Qu’est-ce que ça change? », demanda Alex.
« Lorsqu’une source anonyme vient filer un scoop aux médias, il fait toujours se demander qui va en profiter. Il y a toujours la possibilité qu’on se joue de nous, qu’on nous manipule.
— Alors, qu’est-ce qu’on fait? », répéta Claude pour la troisième fois, de plus en plus irrité.
« Pour l’instant, on va être vigilants. Et proactifs. Il y a quelque chose que j’aimerais que tu fasses pour moiJ’ai quelque chose que j’aimerais que tu fasses, Claude. » Édouard lui tendit un billet plié. « C’est l’inventaire des initiés dans La Cité. »
Claude l’examina. « Gordon n’a toujours pas de nom de famille?
— C’est tout ce que j’ai pour l’instant. Mais au cas où, j’ai aussi noté toutes les adresses associées à Gordon.
— Hoshmand… Poltin… Polk…
— Polkinghorne.
— Ils ont le talent pour les noms de science-fiction, eux autres! Et les points d’interrogation, c’est quoi?
— Je les ai mis là pour signifier des inconnues. Il y avait deux participants non identifiés à mon initiation. Je gagerais que l’un d’eux est Derek Virkkunen – Avramopoulos ne lui cache rien, c’est un signe clair que c’est un initié. Avec sa taille et sa silhouette, j’ai l’impression que l’autre était une femme, mais je n’en sais pas plus. Du côté de Gordon, je serais surpris qu’il soit seul… Il doit avoir ses élèves et ses hommes de main lui aussi. Il faudrait en savoir plus sur son entourage. Finalement, j’ai entendu quelqu’un d’autre être mentionné ici et là… Une Trichane ou Tricane ou quelque chose comme ça. L’entourage d’Avramopoulos la craint; je pense qu’elle est une sorte de renégat.
— Qu’est-ce que tu veux que je fasse avec tout ça?
— Une recherche dans tes bases de données policières…
— Je ne peux pas.
— Pourquoi?
— Parce qu’elles ne sont pas mes bases de données. Je ne peux pas commencer à m’en servir pour des raisons personnelles, en-dehors des enquêtes officielles de mon service. »
Édouard parut abattu, mais Alex n’avait pas dit son dernier mot. Il connaissait assez son beau-père pour savoir par quel angle l’aborder. « Que ce soit de la magie ou de l’hypnose, nous savons avec certitude qu’ils sont capables de contrôler les pensées des gens. Imagine s’ils décidaient d’infiltrer la police, le crime organisé, le gouvernement… Qui sait? », ajouta-t-il pour enfoncer le clou, « tu as peut-être même déjà trouvé quelque chose, mais ils te l’ont fait oublier… Comme pour l’affaire du Aleksi n’est pas important que tu as racontée à Édouard… Tu ne peux pas prendre ce cas à la légère… »
Claude rumina l’idée pendant un moment; il finit par plier la feuille pour l’empocher. « Je vais y penser », dit-il. « Mais vous, qu’est-ce que vous allez faire maintenant? »
Édouard esquissa un sourire rempli de malice. « Alexandre a dit quelque chose tantôt qui m’a fait réaliser que j’ai déjà tout ce qu’il faut pour avancer mon dossier. » Il tendit le poing et Ozzy alla s’y percher immédiatement. « Et si Gordon n’est pas prêt en même temps que nous, tant pis pour lui! »

dimanche 17 mars 2013

Le Noeud Gordien, épisode 261: addendum

Le manuscrit de Voynich a déjà été mentionné à quelques reprises dans les épisodes précédents du Noeud Gordien - plus précisément les épisodes 145 et 173.

Je tiens à souligner que ce manuscrit n'est pas une invention de ma part, il existe bel et bien. La page wikipédia qui lui est consacrée retrace d'ailleurs assez bien son historique. Elle montre également les caractères qu'on y retrouve...



Ce documentaire en quatre parties présente des analyses récentes effectuées sur l'ouvrage en plus de présenter les différents problèmes et les controverses à son sujet.

Le Noeud Gordien, épisode 261 : Voynich

« T’as bonne mine! », s’exclama Alexandre en ouvrant sa porte à Édouard.
« Je ne me suis jamais senti si bien de toute ma vie!
— C’était inquiétant de te savoir dans le coma… Je me demandais tellement ce que j’aurais pu faire pour toi…
— Tu n’aurais rien pu faire. J’ai été malchanceux de me retrouver comme ça et chanceux de m’en sortir, c’est tout.
— Qu’est-ce qui s’est passé, au juste? Est-ce que ça a rapport avec… nos affaires?
— Oui.
— Je le savais! Mais entre, entre!
— Est-ce que Claude va venir?
— Il m’a dit qu’il serait peut-être en retard.  
— Excellent. Je vais l’attendre avant de vous raconter tout ça. Comment ça va, toi?
— Ça va, ça va…
— Tu travailles encore tes exercices?
— J’essaie d’en faire une heure par jour, mais ça n’est pas facile… C’est long et plate.
— Tu essaieras vingt heures par jour pendant quelques semaines, tu vas voir!
— Je ne sais pas comment tu fais.
— Je ne pourrais pas le faire volontairement. C’est étrange comme sensation… Même si, souvent, je suis fatigué, c’est comme si je ne pouvais pas ne pas vouloir, tu comprends?
— Je pense que oui. » Alexandre frissonna, comme s’il avait croqué un citron. « Je n’aurais pas voulu être à ta place! »
On frappa à la porte. C’était Claude, la mine joviale. « On dirait que ça va mieux que la dernière fois », dit-il en serrant la main d’Édouard.
« C’était si pire que ça?
— Tu ne t’es pas regardé dans le miroir? »
Édouard s’esclaffa. « Même en me regardant, je n’avais pas le temps de penser à des choses triviales comme mon apparence…
— …ton alimentation », ajouta Claude.
— Ou ta santé mentale », conclut Alex.
« Là, c’est sous contrôle, c’est ce qui compte. 
— J’ai vu ta corneille dehors… Je pense qu’elle veut entrer. »
Effectivement, dès qu’Édouard tira le rideau, Ozzy alla se poser au bas de la fenêtre. « Je peux?
— Si elle chie quelque part, c’est toi qui nettoies », répondit Alexandre.
« Donc, tu voulais nous parler? », dit Claude en s’asseyant à table.
« Oui, oui. J’ai eu une semaine très intéressante… Pour commencer, comme je disais à Alex avant que tu arrives, mon coma a été provoqué par une sorte de maladie magique que Gordon a appelé un contrecoup. Si j’ai bien compris, certaines zones sont saturées d’énergie dangereuse pour les initiés – assez dangereuse pour me faire tomber dans le coma. C’est pour ça que les médecins n’ont rien pu faire pour moi, pas même comprendre la nature de mon problème. Mais Gordon m’a réanimé avec une préparation d’herbes…
— Une potion magique? », dit Claude, railleur. Malgré ses bonnes raisons de penser qu’on ait manipulé son esprit, il continuait à préférer y voir quelque chose de l’ordre de l’hypnose plutôt que du surnaturel.
Édouard choisit de ne pas s’engager dans cette discussion. « J’ai revu Gordon plus tôt cette semaine. Il m’a libéré de ma compulsion, mais aussi du blocage qui m’empêche de parler aux non-initiés… »
Alexandre ouvrit un énorme sac de crottes au fromage avant d’en fourrer une pleine poignée dans sa bouche. Lorsqu’il leur en offrit, ses invités déclinèrent d’un mouvement de la main. Ozzy parut plus intéressé : il alla se poser sur le comptoir, juste à côté d’Alex, le bec droit en direction du sac. « Je peux? » Édouard acquiesça. Il tendit à l’oiseau une friandise qu’il boulotta d’un seul coup.
« Pour la compulsion, il m’a donné un remède que je dois prendre de temps en temps. Pour le blocage, c’est plus intéressant… J’ai tout vu… La première chose qu’il a faite, c’est tracer plein de symboles sur des tableaux effaçables qu’il avait avec lui… Je les ai reconnus, c’étaient les mêmes que lorsque j’ai été initié… À un moment donné, Gordon est allé chercher de l’eau; j’ai tout juste eu le temps de prendre une photo. »
Il leur tendit son téléphone. Malgré le mauvais éclairage, on pouvait clairement voir le tableau couvert de formes géométriques et de caractères bouclés qui ne ressemblait à rien que Claude ou Alex ne connussent.
« En étudiant la photo par la suite », continua Édouard, « j’ai réalisé que j’avais déjà vu cette écriture. Je suis allé fouiller dans mes boîtes entreposées et j’ai retrouvé ça… » Il sortit de sa serviette un livre noir à couverture rigide. La jaquette affichait l’image d’une tête de toutes les couleurs, dans un style vieillot qui aurait pu passer pour futuriste vingt ou trente ans auparavant. Le titre était en grande lettres dorées.
« Les mystères de l’inexpliqué? », dit Alexandre en le prenant.
« Regardez à la page soixante-quatre… » Pendant qu’ils fouillaient, Édouard ajouta : « Quand j’étais adolescent, j’étais passionné par le surnaturel. J’ai reçu cette collection quand j’avais quinze ou seize ans. Si je me souviens bien, c’était mon cadeau de fête ET de Noël cette année-là… Je ne me doutais pas que je serais personnellement mêlé à l’un de ces mystères! »
Alexandre et Claude avancèrent tous les deux la tête vers la page avec une expression de surprise et d’incrédulité. « C’est la même écriture! 
— Exactement la même. Dans un livre vieux de six cent ans…
— Quel est ce livre?
— C’est le manuscrit de Voynich, considéré comme un traité d’alchimie, d’astrologie et d’herboristerie. Je dis considéré parce que personne ne l’a déchiffré à ce jour.
— Et eux, Gordon, Avramopoulos…
— …seraient les descendants spirituels de l’auteur du manuscrit. Comment expliquer qu’ils soient les seuls au monde à écrire un langage que les plus grands érudits n’ont jamais vu ailleurs? »

dimanche 10 mars 2013

Encore quelques jours pour participer au Noeud...

Quelles questions Édouard devrait poser à Gordon? 

Vous avez jusqu'à mercredi pour me faire part de votre avis!